Médecine nucléaire : la Belgique donne le ton

2019-05-10

Grâce à un réseau académique, industriel et hospitalier exceptionnel où sont réunies multidisciplinarité et complémentarité entre la recherche, implémentation et applications cliniques, la Belgique possède un savoir-faire unique en matière de radio-isotopes. Elle accueille donc tout naturellement le seul symposium européen visant à mettre en valeur tous les acteurs d’une chaîne dédiée aux applications médicales des radio-isotopes.

Une centaine d’experts internationaux sont réunis ce jeudi 9 mai à Liège sur le site du Val Benoit pour partager leurs connaissance sur les perspectives de la production mondiale de radio-isotopes, les percées actuelles dans la recherche et les nouvelles initiatives belges. Tour d’horizon de ce que permettra la médecine nucléaire demain.

Production de nouveaux radio-isotopes médicaux pour le traitement ciblé de plusieurs cancers, dont celui de la prostate (SCK•CEN / IRE)

L’irradiation ciblée pour la production de radio-isotopes médicaux constitue la première étape de l’acheminement des isotopes à la clinique et aux patients, elle est pratiquée en Belgique, au SCK•CEN à Mol, faisant de notre pays un leader mondial dans ce domaine. La Belgique produit annuellement plus de 25% de la demande mondiale, pourcentage qui peut monter à 65%. L’innovation en médecine nucléaire est un axe majeur de développement du centre de recherche dont les travaux et une collaboration étroite avec l’IRE ont mené à la mise au point d’une nouvelle génération de radio-isotopes.

Le cancer de la prostate cause près de 90 000 décès par an en Europe. L’une des voies les plus prometteuses pour son traitement est l’utilisation du Lutétium-177 (Lu-177), radio-isotope produit au SCK•CEN par le réacteur de recherche BR2. En 2018, la capacité de production a été considérablement augmentée pour anticiper la forte croissance de la demande mondiale susceptible de tripler, voire quintupler dans les dix ans. Dès mi-2019, le SCK•CEN fournira le radio-isotope médical nouvelle génération lutétium-177 dit « non carrier added » ou Lu-177 nca qui permet de diminuer la dose dans le corps, donc de réduire la durée d'hospitalisation. Il produira aussi un second radio-isotope médical innovant, l’actinium-225, libérant des particules alpha qui détruisent les cellules cancéreuses de façon particulièrement efficace et offrant ainsi de nouvelles options de traitement en fonction du type de tumeur, de sa taille et de sa localisation.

Création d’une plateforme de radio-théranostiques (VUB / Bordet)

La médecine personnalisée offrant une thérapie adaptée à chaque patient est devenue l’enjeu fondamental de l'oncologie moderne. La médecine nucléaire permet l’approche radio-théranostique: une même molécule utilisée à la fois pour le diagnostic et le traitement.

L’Institut Jules Bordet, acteur majeur dans le développement et l’introduction clinique des radio-théranostiques, et la Vrije Universiteit Brussel, à la pointe des vecteurs innovants, ont créé la plate-forme bruxelloise de radio-théranostiques dans le but de générer un large éventail de radio-théranostiques innovants, de poursuivre la recherche fondamentale et appliquée de la radiobiologie, de créer un réseau de scientifiques et de cliniciens en région bruxelloise et de favoriser les échanges entre les universités et les entreprises afin de placer le domaine de la radiothérapie au premier plan de la recherche en oncologie.

Deux applications innovantes pour les patients: total body PET (UGent) et des biomarqueurs nouvelle génération (UZ Brussel)

  • La TEP (tomographie par émission de positrons du corps entier) a récemment été réalisée sur des humains. UGent a lancé un projet visant à développer la technologie PET clinique pour obtenir la meilleure résolution spatiale. La TEP corps entier permettra soit de diminuer la dose administrée au patient, soit de diminuer fortement la temps requis pour les examens, ainsi que d’accumuler rapidement une série d’images dites ‘dynamiques’, essentielles dans la mise au point de nouveaux radiopharmaceutiques.
  • La sélection des patients en fonction d’une définition moléculaire toujours plus précise de la sous-catégorie de la maladie devient de plus en plus importante pour éviter une toxicité inutile, améliorer les résultats pour les patients et réduire le coût des essais cliniques. L’utilisation d’une nouvelle génération de biomarqueurs met en évidence le potentiel de la médecine nucléaire pour une thérapie personnalisée guidée par l'image. Son impact est étudié dans le suivi de patientes atteintes d'un cancer du sein à l’UZ Brussel.

Quel impact du Brexit sur le terrain ?

Plusieurs changements d'acteurs dans le domaine du transport de radio-isotopes ont eu lieu au cours des deux dernières années. Si le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne à cause du Brexit, il quittera également l’organisation EURATOM qui gère un certain nombre de matières liées à l’utilisation des radio-isotopes médicaux. Une pénurie au Royaume-Uni n’est donc pas exclue.